Dyspraxie et EPS : changez les règles du sport !

Dyspraxie et EPS : changez les règles du sport !

Avec ses petites maladresses quotidiennes et ses gestes hasardeux, l’enfant dyspraxique n’est pas très à l’aise en classe. Hélas, la récréation et les activités sportives ne lui apportent pas plus de satisfaction ni de confiance en lui. Pourtant des aménagements simples peuvent faire toute la différence à l’école comme sur le terrain. Pour éviter de montrer son handicap, il va soigneusement refuser les activités sportives et détériorer sans le savoir ses facultés motrices. Anticipation, facilités, et adaptations peuvent pourtant transformer la vie de l’enfant dyspraxique ! Comment réconcilier cet élève avec les cours d’EPS ? Quels aménagements sont efficaces en sport ?

 Rappel sur la dyspraxie

Ce trouble se caractérise par des anomalies de la planification et de l’automatisation des gestes volontaires. Pour simplifier, l’enfant dyspraxique est beaucoup plus maladroit que ses camarades. Réaliser un geste volontaire (lacer ses chaussures, composer un puzzle, découper au ciseau…) est une épreuve que l’élève réalise avec une incroyable lenteur pour un résultat médiocre. Ajoutons à cela, son incapacité à reproduire un acte qu’il vient de réaliser. L’automatisation des gestes est également perturbée. Occasionnellement, l’enfant va réussir son action, mais s’il tente de la reproduire, il peut à nouveau échouer, car il ne normalise pas sa performance et se fatigue très vite.

Quelles conséquences pour la pratique du sport ?

Il semble qu’il n’y ait pas de règles pour tracer un portrait-robot de l’élève dyspraxique en EPS ! À y regarder de plus près, certains excellent dans un sport où d’autres sont incapables de le pratiquer. Cet enfant qui ne parvient pas à mettre son tee-shirt peut s’avérer très performant en ping-pong ! Si la majorité des dyspraxiques rencontrent de grandes difficultés motrices, lorsque l’envie de pratiquer un sport est déterminée et que le professeur adapte son entraînement aux dyspraxies de son élève, les bonnes surprises peuvent parfois être au rendez-vous. N’oublions pas cependant que la qualité et l’intensité de l’entraînement n’ont pas d’impact sur le résultat. De même que la bonne volonté et les efforts de l’enfant dans le cas où il pratiquerait un sport qui ne lui correspond pas. Alors, l’obliger à poursuivre le même entraînement que ses camarades sera synonyme d’acharnement inutile et délétère pour son estime de lui-même. Seules ses capacités cérébrales et ses aptitudes peuvent lui permettre de remporter des victoires dans le sport qu’il aura choisi. Ainsi, pratiquer un sport est potentiellement compliqué et coûteux en effort, mais si la discipline lui convient, l’enfant va développer sa confiance en lui, s’affirmer et s’épanouir davantage.

« Les activités sportives représentent, pour les jeunes garçons surtout, des loisirs de prédilection leur permettant de se confronter à leurs pairs, d’engager des joutes et des compétitions nécessaires à leur construction identitaire. »

Valérie Bogusz : Psychologue à Bordeaux

Quel est le profil sportif de votre enfant dyspraxique ?

D’une vie à l’autre, les profils sont bien différents. Les expériences, l’entourage, le caractère… bien des facteurs entrent en ligne de compte et les dyspraxiques n’abordent pas le sport de la même façon. On peut distinguer deux types de personnalités :

  • Active : avec un engouement marqué pour les activités motrices. Ce sont les enfants toujours en mouvement, qui aiment pratiquer différents sports et jeux moteurs, sans être freinés par leurs dyspraxies. Pour ce type de profil, il est important de préserver le plaisir de bouger en informant les professeurs d’EPS et entraîneurs de leur trouble afin qu’ils adaptent leurs cours.
  • Bloquée : avec une aversion pour le sport et les jeux moteurs. Ces enfants ressentent de la honte à se mouvoir et à participer aux activités sportives. La peur du ridicule, du regard des autres et de l’humiliation est écrasante. Pour ces élèves, la communication et le dialogue doivent être restaurés ou instaurés au plus vite. La famille, les professeurs de sport les professionnels en charge de sa rééducation ainsi que l’enfant doivent se réunir afin de définir les aménagements et adaptations susceptibles de rétablir le plaisir de pratiquer un sport.

 Les adaptations de l’EPS pour les élèves dyspraxiques

Pour le sport en général

Reproduire un geste : puisque l’élève n’a pas la capacité de le réaliser par imitation, il faudra privilégier l’explication verbale. La solution : décrire chaque étape du mouvement par le langage en décomposant le geste par étapes. Et pourquoi ne pas utiliser des comptines pour une meilleure mémorisation du mouvement ?

Les adaptations de base : il convient d’éviter ou adapter certains mouvements trop difficiles à reproduire. Afin de faciliter son repérage spatial, il faudra systématiquement utiliser du matériel de couleur en respectant une logique sur le terrain et sur l’enfant : balisage rouge à droite + pied d’impulsion (droit) avec repère rouge également. Délimitation des zones de jeu, de départ, d’arrivée… Il est préconisé également de favoriser le travail en couloir.

L’évaluation du professeur devra se baser sur les nouvelles acquisitions et non pas sur les exigences normales du cours.

Dans les vestiaires : parce que faire ses lacets, monter sa fermeture éclair ou simplement ranger et organiser ses affaires de sport sont de vraies épreuves pour eux, ces petits sportifs auront le droit de s’habiller en tenue de sport avant de venir à l’école et de ne changer que leur tee-shirt. Les parents privilégieront les chaussures à scratch, les pantalons élastiqués et mettront des étiquettes indiquant le devant et l’arrière des habits.

Pour les sports de combat

  • Choisir un adversaire plus expérimenté afin qu’il puisse maîtriser l’énergie explosive et les gestes incontrôlés potentiellement dangereux de l’enfant Dys.

Pour les jeux collectifs

  • Encourager l’enfant à s’arrêter avant de tirer ou de faire une passe.
  • Éviter les actions telles que les passes avec rebond ou les dribles.
  • Lui octroyer du temps supplémentaire avant d’agir.
  • Réduire le nombre de participants et bien baliser le terrain.
  • Prévoir une zone d’action libre.

Pour les sports athlétiques

  • Course: Les indices colorés de repérage sur l’enfant et l’espace sont essentiels (gauche/droite/ départ/ arrivée)

Les indications verbales également, comme le départ en trois étapes par exemple.

Pour les haies, penser à réduire la hauteur et à indiquer la zone d’impulsion par un marquage au sol.

  • Lancer: puisque l’objet peut être lancé sans aucune maîtrise et heurter quelqu’un, il est recommandé de baliser les zones, de noter essentiellement la phase d’envol, et d’éviter les rotations et les pas croisés.
  • Saut: noter la phase d’envol sans tenir compte de la réception et de l’impulsion.

Pour les sports nautiques

L’équilibre et la synchronisation de la respiration sont les obstacles majeurs des enfants dyspraxiques dans leur apprentissage de la nage. Les adaptations devront tenir compte de ses difficultés :

  • Favoriser le bien-être de l’enfant dans l’eau afin qu’il s’habitue à cet environnement.
  • Le rendre autonome dans l’eau sans lui imposer une technique de nage.
  • Diviser l’acquisition des mouvements des bras de ceux des jambes.
  • Tolérer que l’enfant pratique plusieurs techniques de nage simultanées.
  • Donner des repères spatiaux distincts et verbaliser les mouvements à effectuer au lieu de les montrer.

Pour les sports de raquettes

La vitesse, l’anticipation, le hasard de la trajectoire, l’espace arrière sont autant d’obstacles pour le sportif dyspraxique. Quelques adaptations sont nécessaires :

  • Proposer un manche plus court, se familiariser avec le geste en jouant avec la main, essayer les raquettes et balles à scratch, donner des balles plus lentes.
  • Réduire la taille du terrain de jeu.
  • Adapter le service à ses capacités.

Pour la gymnastique

Les difficultés principales pour l’élève dyspraxique qui pratique de la gymnastique sont l’équilibre et, avec lui, le risque de chute, mais également le manque de coordination dans les enchaînements, l’impulsion deux pieds et la désorientation.  Pour cette pratique, voici quelques adaptations possibles :

  • Aménager les conditions en sécurisant l’environnement, en réduisant les hauteurs et en choisissant un matériel adapté (balles plus grandes, mousses…).
  • Dicter les enchaînements en les divisant en étapes.

Pour la danse

Là encore, les émotions et la vitalité sont peu maîtrisées et l’assimilation des enchaînements est un obstacle. Pourtant le danseur/la danseuse est riche d’imagination en matière de chorégraphie. Quelques solutions pour faire danser les enfants dyspraxiques :

  • Favoriser l’improvisation et le lâcher-prise émotionnel.
  • Travailler sur les notions de lenteur et de rapidité.
  • Encourager le travail de groupe.
  • Propose de la manipulation de matériel.

 

 

La compréhension du coach, les aménagements du professeur d’EPS et l’écoute attentive des parents ouvrent grand les portes du stade, du gymnase et de la salle de sport aux enfants dyspraxiques. La clé réside dans le dialogue sur le trouble et sur les difficultés motrices. Compris et encouragé, le jeune sportif trouvera la discipline qui lui convient jusqu’à obtenir le score :

Confiance en soi : 1 / Dyspraxie : 0

 

 

2020-02-10T16:14:32+00:0010 février 2020|Divers, Orthophonie|
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